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Google / Motorola : acte manqué…

Articles - Prospective Google / Motorola : acte manqué…

… ou stratégie multi-écrans ?

par Boro 17 août 2011

Il ne fait pas bon changer de cheval au milieu du gué… du moins si l’on tient à se classer premier. Google a-t-il cherché à assurer seul sa place de deuxième, tout en se plaçant pour la course à la TV connectée ?

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« People who are really serious about software should make their own hardware » (Les gens réellement sérieux en matière de logiciel devraient faire leur propre matériel).

Il est clair, à l’annonce du rachat de Motorola Mobility par Google pour le montant pharaonique de 12,5 milliards de dollars, que Larry Page et Sergueï Brin ont décidé de faire leur miel de l’aphorisme d’Alan Kay lors de sa conférence de juillet 1982 au séminaire « Creative Think ». Celle-ci, comme toute sa conférence, d’ailleurs, avait si fortement impressionné Andrew Hertzfield – et à sa suite toute l’équipe qui travaillait sur le projet Macintosh – que Steve Jobs la prit pour exergue lors du lancement de l’iPhone, le 9 janvier 2007, en même temps qu’il annonçait les ambitions d’Apple sur le marché de l’électronique grand-public.

L’annonce du rachat de l’ex-fleuron de la téléphonie américaine représente sans doute l’événement le plus important sur ce marché, désormais orienté vers « l’intelligence des objets », depuis l’annonce par Apple en mars 2008 du choix de doter l’iPhone d’un OS à part entière, accompagné d’un véritable kit de développement à destination des programmeurs… et surtout, des kids qui aspiraient à l’être (lire La révolution iPhone en marche). Or, il est loin d’être sûr - et c’est une litote – que les deux fondateurs qui ont tout récemment repris les rênes du géant de Mountain View qu’ils avaient fondé en 1998 aient saisi toutes les subtilités du marché sur lequel Google fait mine de pénétrer à son tour. Ce qui est probable, au contraire, c’est que l’apprenti-monopole a payé 12,5 milliards (sur 40 milliards de réserves, dont 10,3 de cash) la balle qu’elle vient de se tirer dans le pied, ou plus exactement le boulet qu’elle vient de s’attacher à la cheville.

Un drôle de contre-pied

Ce faisant, les 2 petits génies ont oublié deux règles fondamentales dont Steve Jobs lui-même a pu expérimenter les conséquences à son retour fin 1996 :

1 - à partir d’un certain niveau de maturité sur un marché donné, vouloir renverser le cours des choses équivaut à essayer de faire rentrer le dentifrice dans son tube, une fois qu’il en est sorti ; il aura fallu attendre le changement de paradigme dans l’interface utilisateur intervenue avec l’interface multitouch pour qu’Apple puisse espérer reprendre la main sur Microsoft dans le secteur de l’informatique… ou plutôt celui des tablettes, qui en est l’évolution.

2 - On ne change de stratégie au milieu du gué, qui plus est en abandonnant ses alliés, qu’à un coût exorbitant ; contraint de renoncer à la stratégie des clones tardivement mise en place par ses prédécesseurs, Steve Jobs s’est aliéné durablement la confiance d’un certain nombre de partenaires d’Apple, dont Motorola au 1e chef ; le fondeur s’est vu alors obligé de reconvertir précipitamment son appareil de production vers le secteur de la téléphonie mobile. Un malentendu supplémentaire avec l’épisode du ROKR iTunes plus tard, et l’on peut mesurer avec ce rachat le fossé d’incompréhension qui sépare à présent les deux sociétés.

Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de Page et de Brin, alors même qu’Éric Schmidt est toujours officiellement conseiller des 2 PDG et que, ayant siégé plusieurs années au conseil d’administration d’Apple, il est supposé avoir humé un peu de ce parfum du succès qui semble désormais s’exhaler de chaque centimètre carré du 1, Infinite Loop, Cupertino. À moins qu’il ne s’agisse d’une vengeance, pour le tout récemment mis au placard ? (humour) Schmidt était pourtant présent au Board of Directors d’Apple lorsque Microsoft, avait abandonné en rase campagne ses partenaires de l’écosystème « PlayForSure » regroupé autour de Windows média Player, pour se lancer dans la calamiteuse stratégie du Zune censé damer le pion à l’iPod d’Apple…

Mieux : en mettant la main sur Motorola et ses 17 000 brevets, Google change son fusil d’épaule, et quitte la posture de la victime de l’acharnement des tenants de la propriété intellectuelle pour bientôt endosser l’uniforme passe-muraille des défenseurs de celle-ci ; l’analyse faite par Daniel Eran Dilger sur la vulnérabilité croissante de Google et de ses partenaires vis-à-vis de la licence GPL sous laquelle sont placés Android et ses différents avatars est comme à l’ordinaire tout à fait pertinente et mérite qu’on s’y arrête. Mais elle mérite également d’être élargie et replacée dans l’ensemble du contexte d’un marché désormais global.Suite de l'article

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