Hal s’appellera-t-il Macintosh? (2)
… Celui qui viendra dans quelques mois pourrait bien être le premier à qui l’on s’adresse aussi naturellement qu’à son voisin de bureau, grâce à un certain nombre d’innovations dont certaines pourraient être présentées lundi lors de la WWDC…
On a vu que l’originalité du Mac et sa magie reposait, outre le processeur Motorola 68000 à son service, sur le système d’exploitation et sur la façon dont son interface reproduisait de façon naturelle l’environnement de l’utilisateur : il lui permettait de s’adapter de façon naturelle et intuitive, “Vous savez pointer? alors vous savez vous servir d’un ordinateur” proclamait sa plaquette de présentation… Et si Macintosh, pour surprenant qu’il soit, ne n’arrivait pas d’une autre planète malgré les apparences, c’est qu’il avait été rendu possible par les avancées techniques et conceptuelles que nous avons examinées.

Mac OS X : le socle de départ
Pas plus que le premier système d’exploitation de Macintosh, celui-ci n’arrive de nulle part. Cependant, plus encore que son aîné il emprunte à celui dont il est issu. En effet, il repose entièrement sur le noyau Unix Darwin (avec FreeBSD), sur lequel sont posées les couches successives de l’affichage audio et video (Quartz extreme, OpenGL, QuickTime et Audio), du Frameworks développeurs (Cocoa qui permet d’avoir accès aux fonctions spécifiques de Mac OS X, Java 2 qui est le langage multi-plateforme développé par Sun que l’on connaît, Carbon qui fait appel à des méthodes plus traditionnelles pour accéder à OS X, ce qui lui permet de pouvoir faire tourner les mêmes softs à la fois sur OS 9 et X, et Classic qui permet d’exécuter les programmes écrits pour Mac OS 9 en antérieurs dans une couche logicielle compatible. Enfin, l’utilisateur va peser sur l’exécution des logiciels par le bais de l’interface utilisateurs proprement dite, soit par Aqua et son fenêtrage, soit par les scripts d’AppleScript

Or, certaines caractéristiques parmi les nouveautés techniques dévoilées par les sites de le sphère Mac, annoncées par les partenaires d’ Apple ou même par la firme de Cupertino elle-même, sont complémentaires, au point que l’on croirait sur trouver devant une sorte de puzzle [[il n’est pas question de présenter ici l’ensemble de leurs caractéristiques, mais seulement celles qui nous intéressent.]]…
Retour sur les rumeurs les plus récurrentes… et les plus signifiantes
– Le PowerPC 970 d’IBM : à tout seigneur tout honneur, la star incontestée des sites Macintosh depuis l’automne, d’autant qu’une bonne partie de l’afficiòn d’ Apple attend maintenant comme Godot un successeur au G3 à la hauteur de ses espoirs, tant il est que l’ Altivec adjoint au G4, que le service marqueting avait baptisé en son temps Velocity Engine, n’a pas fait florès auprès des développeurs ; la faiblesse endémique du processeur proprement dit en vitesse d’horloge a constamment obligé les ingénieurs de Cupertino à déployer des trésors d’ingéniosité pour éviter de trop se laisser distancer.

– Hypertransport, le consortium dont notamment AMD, Apple, Cisco, NVDIA et Sun sont les promoteurs vient d’annoncer la disponibilité de sa Plate-forme de Compatibilité : il s’agit de promouvoir un protocole de communication de processeur à processeur à haut débit, standardisé et de façon à supprimer au maximum des goulots éventuels d’étranglement. Or la partie basse de la fourchette [de 6.4 à 12.8 gigabit]] de la norme 1.05 publiées [le 2 juin correspond parfaitement à la vitesse attendue à la sortie du PowerPC970 d’IBM…
– Grâce à IP sur Firewire et maintenant FireWire2,ce n’est plus la connectivité entre processeurs à l’intérieur d’une même machine qui est favorisée [[les taux de transfert sont bien entendu très en deçà avec 400 et 800 Megabit par seconde]] mais bien de machine à machine, voire même en grappe, avec la souplesse de mise en place du protocole TCP/IP qu’il nécessaire de monter un réseau Ethernet.
– Les “piles”, dont l’intégration évoquée régulièrement à la version 10.3 Panther d’OS X, puis démentie depuis par les sites de rumeurs, pourrait constituer une des avancées les plus innovantes dans l’interface avec l’utilisateur depuis la métaphore du bureau électronique… s’il ne s’agit pas d’un superbe hoax.
Ce concept de “pile” [[il serait intéressant de discuter de la filiation de ce concept avec les piles d’HyperCard, conçu dès l’origine par Bill Atkinson comme un “organisateur informel d’information“, en 1985. On voit que ce sujet de réflexion est transversal au sein des équipes Apple, pratiquement depuis la naissance de Macintosh.]] de documents, agrégés ensemble en fonction de leur contenu plutôt que rangés de façon formelle avait été présenté en 1992, et développé par Gitta Salomon avec son équipe du Apple’s Advanced Technology Human Inerface Group, avant de faire l’objet d’un brevet en 1994. Il s’agit d’une “métaphore en tant que soutien à une organisation informelle de l’information“, c’est à dire en tant que contenant de pensée externe provisoire pour un certain nombre de documents hétérogènes, regroupés ensemble en fonction de tel ou tel thème, et dans l’attente d’une exploitation ultérieure.—–

Mais l’innovation ne s’arrête pas là. C’est une représentation visuelle certes, mais aussi une aide pour organiser les choses, en fonction de votre façon de travailler : l’ordinateur va vous demander “et si…” à propos de tel tel aspect d’une pile et de ce qu’elle contient. Or ceci suppose que le système ajoute et manipule des données sur le contenu des documents, et ce en temps réel, un peu comme le faisait le système d’indexation de fichiers de Be OS BFS, avec un système d’attribution de métadonnées en temps réel utilisant un système de thread spécifique. La puissance de calcul et la souplesse mises à disposition par le tandem PPC 970/Mac OS X qui n’existaient pas en 1992 lorsque le concept a été forgé sont maintenant disponibles, alors que Dominic Giampolo, le designer de BFS a rejoint les rangs d’ Apple depuis l’année dernière…
Or les implications d’un système de métadonnées, sémantiques c’est à dire basées sur le contenu, associées aux documents et réorganisées en temps immédiat non seulement auraient pour effet de transformer l’ordinateur tout entier en base de données, mais pourrait bien faire revenir dans la lumière Simund Freud, l’un des grands oubliés de la campagne Think Different…
“Au commencement était l’action…”

Ainsi, si le nom de “Darwin” résume bien la capacité à évoluer du noyau Unix sur lequel est basé Mac OS X, l’élément intégrant l’indexation et inter-relations entre les fichiers mériterait bien d’être appelé “Lacan“, de part sa faculté à structurer la réalité interne comme un langage, de façon sémantique et non plus sémiologique. Car le meilleur est encore à venir : la capacité à traiter en grand nombre des données de ce type ouvre tout naturellement la voie à l’interface vocale, sémantique et diachronique, et non plus spatiale ou simple plaquage de commandes vocales sur celle-ci comme on a pu voir jusqu’à présent…
Vous vous demandez si John C. Dvorak a maintenant une chronique chez MacPlus? Cette interface existe bel et bien. Un professeur d’informatique de l’université de Yale nommé Corrigé : David Gelernter] a développé un logiciel à même de présenter tous les types d’informations, que ce soient textes, e-mails, images, musique, en tant que structure narrative, c’est à dire une séquence ordonnée de fichiers, tout en étant capable de la réorganiser instantanément et de les orienter en fonction de leur thématique. Cela ne vous rappelle rien? Nul doute que si un tel logiciel existe, Jobs a au moins demandé à bénéficier d’une démonstration, si ce n’est de l’exclusivité d’exploitation des brevets… Coïncidence ou pas, Apple a déposé à l’été dernier un [brevet concernant “un dispositif de reconnaissance vocale“, lequel est basé sur le traitement séparé du son issu d’au moins deux micros, avant la combinatoire traitement définitif par comparaison au modèle d’hypothèses…
Ces derniers éléments, si tant est qu’ Apple décide de les intégrer, ne seront en tout état de cause pas présentés lundi. Mais pour autant qu’ils soient prêts, en janvier 2004, soit 20 ans exactement après la sortie du premier Macintosh serait une date tellement symbolique qu’il n’est pas interdit de rêver…

“Des millions se gens vont se servir de cet outil pour faire des choses dont nous n’aurions même pas rêvé ; et c’est ça qui est excitant. Ce que je veux dire, c’est que nous allons nous balader dans une salle de classe, ou dans un bureau, ou chez quelqu’un dans 5 ans de ça, et quelqu’un sera en train de se sertir d’un Macintosh pour faire quelque chose que nous n’avions jamais rêvé être possible“.
Or c’est pourtant ce que nous allons essayer de faire demain, en examinant ce qu’un système d’indexation sémantique des fichiers pourrait apporter…
– Hal et le Mac (3)
– Hal et le Mac (4)
mais le début est ici :
– Hal et le Mac (1)
liens :
– Le PowerPC 970 d’IBM par IBM
– HyperCard chez AventureApple
– une représentation dynamique du fonctionnement des piles
– [Une interface en tant que structure narrative->
http://www.cioinsight.com/article2/0,3959,615549,00.asp]
