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Édito

Green IT : Apple, toujours bonne pomme

Avec en exergue « opportunité photo : action à Paris le samedi 23 février » (2 fois) et sous le titre « Apple : comment la marque à la pomme empoisonne la planète », le collectif Les Amis De La Terre a publié vendredi en début d’après-midi un communiqué de presse, sous embargo jusqu’à ce samedi 11 heures.

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En jeu (et enjeux), « un happening humoristique ciblant la célèbre marque à la pomme avec la présentation d’un visuel (vraiment très) décalé », avec une nouvelle fois Apple dans le rôle du symbole de la surconsommation «pour montrer la face cachée et les conséquences environnementales et sociales de la stratégie d’Apple, les Amis de la Terre organisent (…) à Paris une mise en scène humoristique de Blanche Neige et les sept nains. ». La finalité n’est pas nouvelle, mais elle est aussi assez naïvement clairement affichée : « muscler » la loi française à venir et censée diminuer les abus des industriels en matière d’obsolescence programmée. Le but ? (on ne rit pas) : obtenir de la loi française que les garanties légales sont portés à 10 ans pour les téléphones portables. Rien que ça.

Ce n’est pas la première fois qu’une organisation écologiste se met en devoir de taper sur Apple, afin de peser sur le débat public et la législation environnementale en gestation, ou tout simplement pour exister. Ce fut d’abord le cas du collectif Computer Take Back Campain de s’appuyer à partir de 2004 sur la popularité grandissante de l’iPod pour réclamer un durcissement de la législation en matière de récupération et de recyclage des déchets électroniques (eWaste), bientôt suivi par Greenpeace à partir de 2007. Tout d’abord avec son inénarrable baromètre pour une électronique plus verte pour peser sur la discussion de la directive européenne REACH portant sur la restriction de l’utilisation de substances toxiques, puis à partir de 2011 sur la part des énergies renouvelables utilisées par les data Center, dans le cadre de la discussion de la directive européenne portant sur l’efficacité énergétique. Ladite directive ayant été adoptée à l’automne dernier, on ne trouve d’ailleurs plus trace d’électronique verte ou de quoi que ce soit d’autre sur la page d’accueil de Greenpeace France, ce qui vaut d’ailleurs mieux étant donné le sérieux avec lequel les précédents rapports avaient été menés (lire Greenpeace en flagrant délit…).

“Il était une fois…”

Une fois passés les moults poncifs maintes fois recyclés sur « la pomme croquée », le communiqué de presse restant pour le moins assez vague sur ce qui était reproché à Apple en matière d’obsolescence programmée, nous avons contacté la chargée de projet pour savoir exactement quels éléments factuels étaient avancés pour mettre une nouvelle fois en cause la firme à la Pomme. Tout en nous renvoyant à l’étude intitulée «Obsolescence des produits high-tech : comment les marques limitent la durée de vie de nos biens » publiée par son organisation, celle-ci a cité pêle-mêle les difficultés de réparation – notamment l’impossibilité pour un « consommateur » de remplacer la batterie « collée », Apple poussant systématiquement à changer un appareil en panne, ou la difficulté de remplacer des écrans d’iPhone 4 par des écrans iPhone 4 S ou vice versa pour des réparateurs utilisant des pièces d’occasion – et le fait que les mises à jour logicielles proposés gratuitement par Apple ne s’appliquaient pas à l’ensemble des modèles commercialisés par la marque depuis le premier modèle de 2007.

Au regard du prix important facturé par la marque pour faire effectuer une réparation dans son réseau, fusse un simple changement de batterie, et la base annuelle du rythme de renouvellement des modèles, la religion de notre interlocutrice était faite : tout était fait chez Apple pour favoriser l’achat d’un appareil neuf. Quant au fameux rapport publié en décembre 2012, les reproches adressés à Apple et à l’iPhone portent sur ces fameux modèles 4 et 4S aux pièces non interchangeables, l’impossibilité de remplacement des batteries de l’iPod, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie de l’iPhone 5 par rapport à l’iPhone 4 (75 kg contre 55), la non-accessibilité de la batterie de l’iPhone, le changement dans la taille du chargeur de l’iPhone 5, la « mort logicielle » (sic) de l’iPhone Edge à partir de iOS 5 en 2011, cette période ne cessant de se réduire.

La posture victimaire des fanboys de service et les jérémiades à l’encontre d’un supposé complot mondial des méchants iigués contre Apple étant au final assez contre-productives, nous avons soumis les griefs reprochés à Apple et à ses produits à l’exercice journalistique rafraîchissant dit du « Fact checking », c’est-à-dire de la vérification des faits avancés, de préférence avec une source neutre. Contrairement à ce qu’avait laissé entendre notre interlocutrice, les témoignages d’utilisateurs abondent sur le net à propos des réparations effectuées dans les Apple Store par les Génius, sous réserve d’une prise de rendez-vous, et d’autres part des alternatives extérieures existent. La requête « réparation iPhone » dans Google obtient ainsi 2 millions 200 000 réponses, tant à Paris qu’en région.

Facts checking…

Nous avons appelé l’un d’eux au téléphone, pris au hasard parmi les premières réponses fournies par le moteur de recherche, afin de confronter les assertions de l’association avec sa pratique quotidienne de réparateur. Édouard, du site Allosmartphone.com nous a répondu avec beaucoup de gentillesse.

1 – malgré leur aspect extérieur identique, les écrans des modèles 4 et 4S sont différents, et ce pour empêcher les réparateurs de pouvoir changer les pièces d’un modèle à l’autre.

WTF ? Le design chez Apple, et chez Jonathan Ive en particulier, procède de l’extérieur vers l’intérieur, définissant d’abord la gestalt, le facteur de forme, avant les composants internes particuliers. La majeure partie des composants internes à changé d’un modèle à l’autre, non par volonté de nuire, mais tout simplement pour en améliorer les performances. En particulier, le chassis (en acier sans étain, càd acier inoxydable) qui solidarise l’ensemble et sur lequel l’écran vient se fixer a été revu, pour remédier aux problèmes de « pont » entre les deux antennes perturbant parfois la réception sur l’iPhone 4. Rien d’étonnant à ce que les pattes de fixation de l’écran aient été modifiées elles aussi.

D’une manière générale, point n’est besoin de passer par un quelconque « marché gris » des pièces d’occasion pour réparer un iPhone : même si les contrefaçons abondent dans ce domaine comme dans d’autres, il est tout à fait possible pour les réparateurs de se procurer des pièces détachées de bonne qualité. « Dans un iPhone, tout peut être réparé, même si le remontage peut parfois s’avérer compliqué. C’est la raison pour laquelle certains clients viennent nous voir pour nous demander de remonter leur appareil, après avoir effectué le même la réparation » nous glisse un réparateur.

En outre, il serait plutôt de l’intérêt d’Apple, dont les terminaux restent 3 ans au catalogue, de pouvoir utiliser le même type de pièce sur le maximum de modèles, à la fois pour des raisons de logistique et d’effet de levier sur les prix de ses approvisionnement chez ses fournisseurs.

2 – la durée de vie de l’iPod était initialement celle de sa batterie c’est-à-dire 18 mois. Une Class Action a été engagée, et a abouti à un arrangement, Apple proposant soit une remise de 10 % sur un iPod neuf ou la possibilité de faire effectuer le remplacement de la batterie par son service après-vente.

Vrai et faux. Les batteries lithium ion de cette première génération avaient une durée de vie de 500 cycles décharge – recharge complets. Certains utilisateurs américains, avec une utilisation particulièrement intensive et des séquences d’écoute impliquant la décharge complète de la batterie, ont été confrontés à des baisses de la durée de vie de la batterie au bout de 18 mois, en gros à partir de 2004. La plupart des autres utilisateurs, avec une pratique plus normale et des cycles d’écoute fractionnés, ont pu utiliser leur iPod sur des périodes au-delà de six ans.

Dès 2004-2005, des solutions de réparation de l’iPod ont également été proposées, y compris par navette postale. Étant donné la conscience civique du « consommateur » lambda, il est d’ailleurs préférable que ce type d’enlèvement et de collecte de déchets dangereux soit effectué par un professionnel adossé à une filière de recyclage bien identifiée.

3 – les iPhones sont particulièrement difficiles à réparer, ne serait-ce que pour changer la batterie qui est collée.

Faux. Cela dépend des modèles, toutes marques confondues, et de la panne à réparer, sans doute en fonction des composants identifiés comme plus fragiles par le constructeur. L’écran de l’iPhone 3G j’ai et 3GS est ainsi beaucoup plus facile à remplacer que sur les modèles 4 et 4S, qui ont vu apparaître le verre Gorilla Glass. En revanche, la batterie est beaucoup plus facile à remplacer que sur les modèles précédents. D’une manière générale, l’iPhone 5 et le Galaxy S3 sont beaucoup plus facile à réparer que les modèles précédents.