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Édito

Green IT : Apple, toujours bonne pomme (2)

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Le fact-checking continue :

4 – l’équivalent carbone de l’ensemble du cycle de vie de l’iPhone 5 est estimé à 75 kg, tandis que celui de l’iPhone 4S était évalué à 55 Kg, et c’est également le cas du Samsung Galaxy S3 par rapport au modèle précédent.

Vrai. Mais pourquoi ? En ce qui concerne l’iPhone, c’est la part de la fabrication qui augmente en passant de 60 à 75 % du total. Cela est dû pour une part à l’apparition de l’aluminium dans le nouveau modèle, aluminium dont la part dans la fabrication à partir de bauxites réclame 25 % d’énergie supplémentaire, par rapport à celle d’acier… et même si, en pratique, l’aluminium recyclé qui compose à présent 70% de l’aluminium produit mondialement réclame infiniment moins d’énergie pour sa fabrication. Admettons qu’Apple crème les matières premières de premier choix.

Mais l’iPhone 5 et le Galaxy S3 sont également les Smartphones les plus réparables de leurs lignées respectives, selon notre spécialiste de la réparation. Or si les fabricants d’électronique se sont mis à coller et à sertir des pièces qui auparavant avant été accessible, ce n’est pas seulement pour nuire à la planète et faire enrager les environnementalistes : c’est également pour gagner en termes de place dans les volume intérieur toujours plus contraints des appareils, ainsi que des facilités de fabrication… et donc en équivalent carbone. Le mouvement inverse, à la demande des écologistes, implique que l’on renonce aux bénéfices-carbones obtenus précédemment.

5 – Apple, bien que signataire de l’accord avec la commission européenne portant sur le chargeur universel, a mis l’iPhone 5 sur le marché avec une nouvelle nouvelle version de son chargeur.

WTF ? Le port d’alimentation de l’iPhone, comme celui de l’ensemble des appareils nomades Apple, est également un port de transmission. La marque à conservé le précédent port à 30 broches de 2003 à 2013, avant d’opter pour celui-ci pour des raisons d’encombrement et d’efficacité de la transmission du signal. Ce nouveau port dit Lightning est spécifique à l’iPhone 5, mais également à l’ensemble de la nouvelle génération d’iPod et d’iPad. Cependant, et depuis au moins 2004, Apple à séparé le chargeur du câble adaptateur qui le relie à l’appareil, au moyen d’une prise USB tout ce qu’il y a de plus standard : le câble étant disponible séparément, y compris chez des équipementiers tiers, Apple est parfaitement dans son droit, l’accord invoqué prévoyant précisément ce type de dispositif.

L’ensemble des appareils nomades de la marque est ainsi à même d’être rechargé par n’importe quel chargeur de n’importe quelle génération, ce qui est loin d’être le cas chez ses concurrents… certains coréens proposant même jusque récemment un type de chargeur pour chacun de ses appareils !

Enfin, ce fameux nouveau chargeur est encore plus petit que les précédents, ce qui diminue d’autant son empreinte carbone. Depuis 2001, Apple n’a d’ailleurs cessé de d’améliorer la taille de ses chargeurs, que ce soit pour ses appareils mobiles ou ses ordinateurs… tout comme leur efficacité énergétique d’ailleurs, mais c’est un autre sujet.

6 – Un iPhone de 2007 ne peut plus être mis à jour en 2010 avec la sortie de l’iOS 4, mais les applications étaient toujours utilisables. C’est en fait l’iOS 5 lancé en 2011 qui a sonné sa mort logicielle alors que le téléphone fonctionne encore mais comme un simple téléphone.

WTF ? L’iPhone de première génération sorti, en 2007, n’a plus bénéficié des nouvelles versions de l’OS de l’iPhone depuis juin 2010, date de la mise à disposition de la version 4 de l’OS. La raison en est simple : ce modèle, comme son successeur l’iPhone 3G, était motorisé par une puce ARM achetée sur étagères à Samsung, mono cœur et à la puissance limitée. Une nouvelle fois, cette échéance de juin 2010 ne tombe pas comme un couperet par volonté de nuire : c’est le moment où Apple est capable d’intégrer à l’iPhone la 1e génération de ses propres puces, mises au point à partir de la technologie développée par PA Semi, une start-up rachetée par Apple en 2008. Entre-temps, la puissance de calcul a été multiplié par 2 et l’affichage par 4, tandis que l’autonomie a encore été améliorée. Quant à l’iPhone 3G, mis sur le marché en 2008, avec la même puce et donc la même capacité de calcul théorique, il bénéficiera lui des avancées de l’OS pour une année supplémentaire, jusqu’à la sortie de la version 5 à l’exception du «multitâche» pour d’évidents motifs de puissance de calcul.

Du coup, et c’est Macplus qui pose la question, pourquoi une telle différence de destin, sur des modèles équivalents ou presque sur le plan matériel, dans ce cas ?

La réponse est simple, même si elle n’est pas vraiment à la gloire d’Apple.

À la grande surprise des curieux qui ne peuvent s’empêcher d’ouvrir l’iPhone Edge lorsqu’à l’été 2007 il est enfin en leur possession, les composants électroniques qui font fonctionner la petite merveille d’Apple semblent avoir été jetés un peu au hasard sur les plaques imprimées, pour un résultat final « nettement en deçà de ce qui pourrait être demandé à un étudiant de première année en électronique » juge même un magazine spécialisé américain. Pour ce qui est du logiciel interne, ce n’est guère plus glorieux puisque dès juillet Apple doit mettre en ligne un correctif de sécurité pour Safari, et il faut attendre fin septembre pour qu’une mise à jour substantielle soit proposée pour mettre un peu d’ordre dans ce qui est jusque-là une étonnante collection de codes et de scripts pour ceux qui se sont penchés dessus. De fait, c’est la rationalisation intervenue d’abord avec la première version de l’iPod touch puis l’iPhone 3G, et la réorientation du projet d’iPhone OS vers un véritable système d’exploitation (iOS) qui va poser les bases du Smartphone tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Beaucoup de bruit pour rien ?

S’il aura beaucoup été question d’Apple ici, à propos d’un « rapport » sur l’obsolescence programmée des produits high-tech de 27 pages (sans les annexes), qui lui ne fait mention d’Apple que 2 fois, et à 7 reprises en ce qui concerne l’iPhone (on a vu avec quelle pertinence), c’est d’abord parce que l’actualité autour de la firme de Cupertino est l’objet principal de ce site, depuis 1997. C’est ensuite parce que notre attention aura été éveillée par les grosses ficelles utilisées par le communiqué de presse, annonçant le happening du week-end dernier, et qui prenait une nouvelle fois Apple à partie en tant que symbole sans le moindre élément précis. Mieux, que dire d’un rapport qui prétend dénoncer l’obsolescence programmée du secteur de l’électronique grand-public et qui passe à côté de Samsung, dont le modèle de vente théorisé, revendiqué, assumé de la commercialisation de l’électronique comme des sashimi est précisément à la base du modèle économique ? (lire Samsung, du sushi à se faire ?

Dès lors, pourquoi une telle perte de temps ? L’auteure du rapport nous aura même reproché de l’avoir mobilisée 8 minutes au téléphone pour tenter de comprendre ce que l’association avait concrètement relevé contre Apple en matière d’obsolescence programmée ! Simplement parce que le hiatus entre la tentative de charivari médiatisé et la réalité des faits qui en était le prétexte nous a semblé mériter cette fois une mise au point en détail. Le document qui lui sert de caution scientifique, à force d’approximations et de méconnaissance de la réalité, finirait même par discréditer l’acuité d’une problématique pourtant bien réelle.

Car comment qualifier un rapport qui prétend dénoncer le péril de « l’obsolescence programmée dans le secteur high-tech » en passant à côté du système économique de l’imprimante, quand il en est le fondement depuis maintenant une bonne quinzaine d’années et ce avec un raffinement à plusieurs niveaux ? Que dire d’un document qui amalgame téléphones portables traditionnels et Smartphone, et qui ignore l’évolution d’un secteur dont il prétend dénoncer les dérives ? Car si les téléphone portables étaient jusqu’à l’adoption en masse du smartphone remplacés en moyenne tous les dix-huit mois, c’est bien du fait du modèle économique des opérateurs qui faisaient tout leur possible pour garder captifs leurs abonnés, non seulement en subventionnant tous les ans un nouveau terminal fabriqué par des constructeurs réduits à de simples équipementiers, mais qui dissuadaient même en boutique leurs clients de remplacer la batterie usée, afin de les ré-engager dans un nouveau cycle de 12 mois.

C’est bien « l’invention » du Smartphone qui a contribué à généraliser les contrats et la subvention des terminaux sur 24 mois, désormais beaucoup plus onéreux. C’est bien l’infléchissement du projet de l’iPhone, de simple support de surf, de mail et d’applications Web vers un véritable ordinateur de poche capable de faire tourner de vraies applications, à partir de 2008, qui a « inventé » les Smartphones modernes. C’est bien la possibilité offerte sur l’iPhone avec la dernière version du système d’exploitation, jusqu’à quatre ans après son achat, qui a permis cette floraison de boutiques de réparations de par le monde, et à peser sur l’émergence de la tendance actuelle de la multiplication des contrats « SIM only », c’est-à-dire sans téléphone subventionné ou même sans téléphone du tout. De plus en plus de clients se débrouillent pour conserver leur terminal, ou pour le trouver sur le marché de l’occasion : combien d’iPhones en sont à leur 2e, ou 3e vie ?

Une chasse aux sorcières contre-productive

Partie prenante de cette évolution plutôt vertueuse, Apple reste une société commerciale dont la vocation est de faire des bénéfices, ou à fermer. Si fondamentalement elle n’est pas meilleure qu’une autre, elle est cependant moins pire par bien des aspects, et chacun de ses ses utilisateurs avec lesquels elle a su bâtir une relation « clent-fournisseur » connaît les raisons personnelles pour lesquelles il est resté, parfois revenu et ce malgré les coups de gueule, dans le giron de la marque. Les autres sont partis, rarement parce que l’herbe était plus verte ailleurs.

Car Apple est bonne fille, sur ce plan-là du moins et, pas seulement au nom de son passé baba-cool, se laisse aisément culpabiliser. Les organisations environnementalistes, qui ne sont pas moins en concurrence les unes avec les autres en matière de ressources médiatiques et caritatives, toujours plus rares, que ne le sont les industriels entre eux en matière de part de marché, n’ont pas manqué d’en user et d’en abuser, au nom d’une prétendue exemplarité de la marque. Apple s’est donc efforcée depuis une dizaine d’années de verdir encore sa pratique, quand ses concurrents se contentaient bien souvent de teinter de vert leur discours marketing. Ella ainsi banni la plupart des substances dangereuses et généralisé l’aluminium et le verre dans l’ensemble de ces produits pour davantage de durabilité et de facilité de recyclage, au sein d’une industrie qui ne cessait de perdre de la valeur à force de tirer les prix et les qualités de fabrication vers le bas.

A l’évidence, une part des associations écologistes qui se sont emparées du dossier dit du « green IT » ont fait mine d’oublier que, non seulement un débat scientifique se gagne ou se perd grâce à la pertinence et l’exactitude des arguments que l’on invoque, mais que d’une manière plus générale la valeur d’une cause se mesure aussi à l’aune des moyens qu’on utilise pour la défendre. Or, le débat sur la limitation des gaspillages et des surconsommations n’a rien à gagner à ce type de mascarade et de simplifications. Sauf à se caricaturer en procès en sorcellerie, et à mobiliser des réactions de la violence de celle à laquelle on a pu assister lors d’une intervention sur ce thème de l’émission « le téléphone sonne » consacré à la sortie de l’iPhone 5. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera sans doute pas demain, mais Apple est plutôt exemplaire aujourd’hui sur ce chapitre de l’obsolescence programmée, avec 1 modèle tous les 12 mois et le maintien au catalogue des 2 modèles précédents pendant 3 ans ; pour revenir dans la course, sans-doute le rythme va-t’il s'”accélérer. Il n’empêche : ce débat vaut mieux que cette pantomime.

Les journalistes convoqués par communiqué de presse ont-ils vu la grosse ficelle, ou bien le « signifiant Apple » ne fait-il déjà plus suffisamment recette, compte tenu de l’avènement rapide d’un nouveau champion coréen pour le secteur, singulièrement plus à blâmer en la matière, et étonnamment épargné par le document ? Toujours est-il que, 4 jours après, le happening organisé autour d’un imaginaire de celluloïd éculé datant des années 50, n’a bénéficié d’aucun écho pour la presse générale. Et puisqu’il a été question ici au passage de problématique en noir ou blanc et des années 50, en même temps que d’éthique journalistique et de prise de conscience du public, on pourra voir au revoir avec plaisir l’excellent « Good Night, And Good Luck » présent depuis peu à la location sur l’iTunes Store… pourquoi pas au format SD, s’il faut payer son tribut à la décroissance…