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Prospective

Android n’est pas une plateforme

Le succès planétaire d’Android ne fait plus aucun doute, mais de quel succès parle t-on vraiment ? Petits points sur les « i ».

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L’information tourne en boucle depuis des mois, sans que rien ne semble pouvoir arrêter le manège infernal : Android serait en passe de dominer le marché tel Windows en son temps et bien sûr, Apple et son iOS pour appareils mobiles serait condamné à ne pouvoir subsister que sur un marché de niche, bientôt fuit par les développeurs… et où les toiles d’araignées ne tarderont pas à apparaître.

Rien n’est pourtant plus faux que ce constat, un avis tranché partagé par l’analyste Ben Bajarin, avec pour clef de son argumentaire un point de vue radical : Android n’est pas une plateforme. Par le biais d’un article intitulé ironiquement « Android dévore le monde », Bajarin, l’analyste à sang froid qui se rit de la pensée toute faite, explique que le point de départ de ces descriptions de Pdm très avantageuses pour le système d’exploitation de Google est qu’elles partent toutes d’un quasi mensonge, puisqu’elles unifient, globalisent ce qui ne devrait pas l’être. Pour Bajarin, Android surdomine bel et bien le marché, mais en tant que noyau, en tant que bout de code originel, tout comme Windows CE dominait aussi le secteur des pistolets de scan – tout comme Android finira aussi par être le système des machines à café, des jouets, étant finalement plus une menace sur ces marchés pour les systèmes Linux purs que pour iOS et son marché ultra-homogène et ciblé.

Android = Google est l’équation fausse qui truque aussi toutes les autres données actuelles, estime un Bajarin qui peut en effet s’appuyer sur le fait que certains organismes d’études de marché avouent même comptabiliser les jouets ou bien encore les appareils du marché gris totalement « forkés » et qui en natif ne sont pas compatibles avec Google Play. Le fait est qu’à l’époque de la guerre Mac versus PC, Windows était une plateforme globale : unifiée en terme de version dominante, d’interface, de services et d’applications. Rien de cela n’existe sous Android puisque même le premier fabricant Android, Samsung, propose une interface à sa sauce, un market de son crû, interdisant de fait une expérience utilisateur commune d’un fabricant à l’autre. Que dire alors d’Amazon et de la plupart des smartphones Android qui inondent les marchés chinois et indiens ? De fait, mis à part un noyau commun, plus rien ne les relie.


Quand tout est Android, plus rien n’est vraiment Android

Cette grossière manipulation de langage, qui confond plateforme et code source, explique aussi les écarts monumentaux et parfaitement inédits entre le poids supposé d’Android et sa part d’usage, toujours en net retrait de celle des iPhone et des iPad d’Apple. Là encore, la situation ne saurait se comparer à celle d’un Windows qui surdominait le marché en volume et explosait toutes les statistiques d’occupation de la toile ou de taux d’utilisation dans le cadre professionnel. Mais Windows représentait bel et bien une plateforme unifiée et cohérente de bout en bout, ce qui n’est définitivement pas le cas d’un Android qui se répand dans toutes les couches informatiques de la société du fait même qu’il n’est pas justement une plateforme, et qu’il n’y a donc jamais le souci de coordonner sa forte croissance en volume avec la cohérence de l’offre de service attenante, l’interface, la compatibilité applicative voire même la version de l’OS. Le type de domination qu’est en train d’accomplir le système Android est de celle qui garantit pradoxalement qu’iOS consolide d’autant mieux sa propre base installée. Les chiffres concernant le nombre d’utilisateurs actifs confirment d’ailleurs cet état de fait, puisqu’à une centaine de millions d’utilisateurs près, certes en faveur d’Android, les deux systèmes sont en fait au coude à coude dès lors que l’on compare bien des carottes avec des carottes et pas des carottes avec des lapins.

Il y aurait donc, et c’est aisément vérifiable, plusieurs Android, quand il n’y a bien qu’un iOS et qu’il n’y avait hier qu’un seul Windows. A chaque fois qu’IDC, NPD, Strategy Analytics et consorts sortent de jolies courbes qui semblent indiquer qu’iOS devient un système marginal, ce qu’ils oublient de préciser, c’est qu’au passage ils agrègent une multitude de systèmes, de services, d’interfaces, de produits, de gammes, qui le plus souvent, et c’est le plus édifiant, n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. A terme, chaque fabricant Android aura son micro-éco-système Android et c’est bien cette facilité de customisation générale, ce refus d’une norme unificatrice, qui aboutit au fait qu’Android finira aussi par occuper toute la part du marché laissée vacante par Apple. Mais du fait même de cet éclatement, cette multitude d’univers-Android satellisés n’entamera en rien le poids d’iOS et de son homogénéité qui garantissent des niveaux de rentabilité par utilisateur 3 à 5 fois supérieurs à leurs homologues du robot vert. Et plus Android passe dans le frigo, dans la montre, dans la cuvette de vos WC, mais dans un maelstrom d’offres sans liens les unes par rapport aux autres, plus il sera partout sans être vraiment nulle part. Comme Linux en son temps.

Après tout, la plateforme « pure » Android est portée aujourd’hui par les Nexus de Google. Mais combien d’appareils de cette gamme se vendent chaque trimestre, comparé aux 50 millions de devices sous iOS qu’Apple écoule dans le même temps ?
On peut donc ici le dire et le redire, quitte à froisser les tenants de la doxa dominante : Android n’est pas et ne sera sans doute jamais l’égal d’un Windows; parce qu’Android n’est pas une plateforme.

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