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Interview

2250 iPad à l’école dans les Landes

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Décidément, les Landes ont la fibre numérique en matière d’éducation ! Un peu plus de 10 ans après le plan « Un collégien, un ordinateur portable » qui avait vu le plus grand département de Métropole équiper systématiquement d’un ordinateur portable ses élèves de 4e et de 3e, et alors que l’école élémentaire d’Orthevielle a également su jouer un rôle pionnier dans le défrichage des utilisations du podcasting et du numérique en classe, la Communauté de communes MACS (Maremne Adour Côte-Sud) est en train de mettre en place un ambitieux plan d’aménagement numérique pour ses écoliers, tout en s’affranchissant des erreurs du passé.

Cette fois-ci, la collectivité locale a pris à bras-le-corps l’ensemble de son champ de compétence, depuis le déploiement du Très Haut Débit sur l’ensemble de son territoire, en tant qu’opérateur neutre, jusqu’à l’équipement de ses 2250 élèves de cycle 3 (CE2, CM1 et CM2) et de leurs enseignants avec des tablettes 7 ou 10 pouces. Un investissement de 800 000 € lorsque la grande section de maternelle, le CP et le CE1 seront également équipés, après avoir doté l’ensemble des classes de 156 écrans numériques interactifs, pour environ 900 000 €. Et si le nombre de tablettes déployées dans cette première tranche depuis la rentrée 2013 est inférieur d’un tiers à celui du département de la Corrèze dans sa première année avec ses collégiens des classes de 6e, l’expérience tentée dans les 23 communes de la communauté d’agglomérations landaise n’en est pas moins comparable, de par son caractère pionnier à cette échelle au niveau du primaire, et de par le caractère essentiellement rural de son territoire. Avec la même volonté des élus d’utiliser le levier du numérique pour réduire les inégalités en matière de réussite scolaire.

Une démarche globale, d’inclusion et d’aménagement du territoire

La démarche retenue est cependant particulière, dans la mesure où le territoire, qui regroupe 23 communes sur un peu plus de 2 cantons et un peu moins de 612 km², se caractérise à la fois par une faible densité de population, une forte attractivité (+ 21,75 % de progression de la population entre 1999 et 2006) et une forte amplitude saisonnière, avec plus de 300 000 touristes par an. Ceux-ci viennent s’agglutiner en majorité sur ses 35 km de côtes, quand le territoire compte à l’année 60 000 habitants, essentiellement regroupés autour de 3 pôles : Saint-Vincent de Tyrosse, Capbreton-Hossegor et Soustons-Vieux Boucau. Outre des projets d’aménagement touristiques et commerciaux autour de la « glisse » et du golf qui font l’objet de controverses, la collectivité locale a décidé de d’appuyer son développement sur le numérique. En premier lieu avec le déploiement d’un réseau numérique d’initiative locale, pour tenter d’équilibrer à long terme les tensions auxquelles le territoire est soumis : d’un point de vue de la démographie et du calendrier entre la côte et l’intérieur des terres, mais également entre le Nord et le Sud de celui-ci, à 15 minutes à peine de la côte Basque et de sa forte pression immobilière. De même, la collectivité locale a souhaité pouvoir se doter de l’ensemble des outils juridiques que la décentralisation mettait à sa disposition.

L’’expérience menée sur la communauté de communes de MACS est particulièrement intéressante, à plusieurs titres :

  • D’abord, si celle-ci n’avait pas fait mystère du déploiement de ces 2250 tablettes à ses petits écoliers du cycle 3, elle n’avait pas jusqu’ici communiqué sur le choix des iPad mini 7 pouces, qui l’ont emporté haut la main à l’issue d’un appel d’offres très disputé. Ceci grâce à une offre très étudiée, que l’APR local (iConcept) n’aurait pas été en mesure de proposer sans un effort conséquent de la marque à la pomme – laquelle a su se mettre à l’écoute de son terrain – offre dont les derniers arbitrages ont été rendus à Cupertino [[Eurofilm qui a fourni les écrans tactiles Samsung ne peut sans doute pas en dire autant]]. Ce déploiement n’est d’ailleurs pas terminé, et aux environs de la fin de l’année c’est le cycle 2 (CP, CE1 et CE2) puis le cycle préparatoire qui devraient être à leur tour équipés d’iPad mini, pour un total avoisinant peu ou prou les 4000 appareils, une fois la problématique de la fibre dans les écoles finalisée. C’est donc en quelque sorte un « petit scoop » que Macplus est en mesure de présenter.
  • Ensuite, le projet n’a pas fait l’erreur de privilégier tel ou tel aspect plus « vendeur » auprès des parents en fournissant uniquement des appareils électroniques, comme cela a pu être auparavant le cas lors de plans d’équipement précédents. Au contraire, il a su s’appuyer sur l’ensemble des différents aspects de l’écosystème du numérique pour élaborer un projet architecturé autour de la connexion des écoles et de la disponibilité des ressources pédagogiques, puis en intégrant un espace d’élaboration collaboratif avec les écrans interactifs. Celui-ci est lui-même articulé avec les appareils de production de contenu plus individuels que sont les iPad, et avec au final des espaces de stockage et de diffusion à la disposition des enseignants, espaces entièrement maîtrisés par la collectivité : en quelque sorte un Cloud local. Sans oublier la formation des enseignants. On est donc dans une expérience tout à fait exemplaire, susceptible d’être généralisée à l’occasion du prochain plan numérique national pour l’école. Edumax, le projet de plate-forme d’évaluation et de remédiation (autocorrection de l’élève) des apprentissages fondamentaux à l’école, élaboré dans le prolongement du déploiement actuel, a d’ailleurs été lauréat cet automne du 3e appel à projets e-Éducation lancé par le Ministère, pour être soutenus par les investissements d’avenir.
  • Enfin, en repensant le développement du territoire tout entier autour du numérique, quand nombre d’entreprises peinent encore à évoluer en ce sens, les choix opérés par MACS semblent un bon exemple de la stratégie qu’une collectivité rurale peut mettre en œuvre pour orienter et maîtriser son développement, en minimisant les contraintes de la géographie… Et des « Telcos » multinationales. La mésaventure rencontrée par le département 92 dans le déploiement de sa propre stratégie numérique et obligé de dénoncer sa délégation de service public, est malheureusement là pour le rappeler. Mais il s’agit également de produire du lien social.

    Interview vidéo @large en page suivante avec Christophe Carayon, responsable de la mission numérique MACS.

    NDLR : Nous avons volontairement conservé au maximum le déroulé des propos et l’argumentation des choix, afin d’alimenter la réflexion des lecteurs éventuellement concernés par cette problématique.

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1 – une vision globale de l’écosystème numérique






(11:20)

À partir de 2010, la communauté de communes a décidé de développer l’attractivité de son territoire en utilisant le levier du numérique, d’abord par la mise en place d’un réseau d’initiative publique pour « mailler » l’ensemble de celui-ci, de la couverture des zones blanches à la mise en place de hotspot Wifi sur les stations balnéaires de la côte. En collaboration avec l’éducation nationale, il a été décidé de poursuivre cet engagement auprès des écoles, d’abord avec des tableaux numériques interactifs dans les classes, puis avec des tablettes pour les écoliers et les enseignants, avec pour objectif pour les élus de lutter contre les discriminations qui interviennent dès le premier âge. Le dispositif est complété avec des espaces numériques de travail à la disposition des enseignants, et évoluera encore avec le déploiement de la fibre d’ici la rentrée prochaine avec à terme un véritable « Cloud » à l’échelle du territoire.

2 – un appel d’offres disputé… Pour un vainqueur inattendu






(3:08)

L’appel d’offres dont l’objet était la sélection des fabricants de tablettes a été particulièrement disputé, avec des propositions très compétitives dans la mesure où, par son caractère systématique auprès des élèves du primaire, le marché avait un caractère d’exemplarité vis-à-vis des autres collectivités locales. Il a pris de fait un caractère stratégique pour les constructeurs, qui ont consenti des efforts importants et, d’ailleurs à la surprise du donneur d’ordre, c’est Apple qui est sorti premier sur la plupart des critères.

3 – un iPad un peu particulier






(6:20)

Pour les élèves du primaire, c’est l’iPad mini qui a été choisi avec son écran d’une diagonale de 7 pouces, un choix qui s’est révélé particulièrement adapté pour des enfants de cet âge. Les enseignants sont quant à eux dotés d’iPad 10 pouces. Les tablettes sont protégées avec des housses en kevlar, et les enfants sont étonnamment soigneux avec la tablette qui leur est confiée, avec seulement 2 tablettes cassées la première année. Les enseignants ont reçu une formation validée par l’éducation nationale, et dispensée par des enseignants experts.

4 – des enseignants ravis… et impliqués






(6:07)

La quasi-totalité des enseignants s’est d’ailleurs appropriée l’outil, et l’utilisent dans la classe ; on assiste même à des échanges des enseignants entre eux au niveau des savoir-faire, des pratiques pédagogiques avec donc une « mise à plat » des interactions, en lieu et place de la communication pyramidale traditionnelle, verticale, des agents et des administrateurs avec les utilisateurs. Le Wifi est également très bien adopté, avec pour ainsi dire une utilisation « raisonnée » en classe, où le routeur n’est activé que pour les besoins des séquences pédagogiques dédiées.

5 – un réel effet bénéfique sur la manière de travailler






(3:58)

Même si les évaluations de l’opération sont encore en cours, les premiers éléments qui sont remontés sont extrêmement encourageants, avec en particulier un doublement de la capacité de concentration des élèves en fonction des séquences pédagogiques, et une amélioration également conséquente de la prise d’autonomie des élèves dans leur travail, notamment mais pas seulement dans des classes à niveaux multiples ou en ce qui concerne le travail collaboratif. À partir d’avril prochain, les premiers prototypes de Edumax, la plate-forme de consolidation et de médiation développée en interne et lauréate de l’appel à projets du Ministère sur les apprentissages fondamentaux, commenceront à être déployés.

6 – une plate-forme logicielle stable… Et un DSI aux anges






(6:35)

Au bout de 18 mois d’expérimentation, la stabilité de l’OS et la facilité de la gestion de la maintenance du parc de tablettes sont extrêmement satisfaisants. L’outil de Mobile Device Management demande certes un apprentissage, mais une fois que celui-ci est maîtrisé la gestion du parc se fait « comme sur du velours » et sans retour de machines intempestifs.

7 – des perspectives pour l’aménagement du territoire






(9:41)

Pour les élus, il s’agissait de répondre aux enjeux posés par le numérique à l’échelle du territoire, et de ses compétences, afin d’éviter non seulement un déclassement mais plus encore de favoriser un développement harmonieux entre les différentes composantes de celui-ci. En particulier, en favorisant l’installation et le développement d’entreprises autour du numérique, davantage à même de développer l’enracinement d’une classe moyenne. Il s’agit également d’intervenir et de minimiser les effets des différences socioculturelles avant qu’elles n’interviennent dès l’école, avec les compétences qui sont celles d’une communauté de communes, tout en travaillant en liaison avec l’échelon supérieur qui est celui collège, avec le département. Plus généralement, il s’agit de minimiser les effets du rapport de force entre la petite collectivité locale et les fournisseurs, que ceux-ci soient opérateurs ou fabricants d’électronique souvent de taille mondiale.