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Édito

Greenpeace en flagrant délit

Au fil des classements Greenpeace avait pris l’habitude de se servir d’Apple comme d’une caisse de résonance commode pour ses campagnes. Elle vient encore de se tirer une balle dans le pied

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La guerre! C’est une chose trop grave pour être confiée à des militaires”, soupirait Clemenceau en 1886, c’est-à-dire à mi-chemin entre la défaite de 1870 et la boucherie de 1914-1918… qu’il allait d’ailleurs contribuer à faire gagner, malgré l’incompétence de l’État-Major Français.

Alors que la question de l’Environnement promet d’être à elle seule au XXIe siècle, ce que furent au XIXe les problématiques posées par la question sociale et les nationalismes, la lutte pour l’Environnement n’est-elle pas trop importante pour être laissée à des « Eco-warriors » auto-proclamés, le suffixe « eco» étant sans doute à prendre ici comme un synonyme de « bas de gamme» ?

Après la pantalonnade du rapport intitulé «How Clean Is Your Cloud» publié hier par Greenpeace International (« Votre Cloud est-il net ? » dans son résumé français), il est désormais évident que, déjà fort à la peine en matière d’efficacité énergétique (lire Greenpeace continue à creuser), Greenpeace est en train de réussir le tour de force de planter – de l’intérieur – les derniers clous sur le couvercle du cercueil de sa crédibilité.

Apple, relapse, sent de nouveau le fagot

Destiné à interpeller les géants du Cloud Computing sur la propreté du « mix énergétique » qui permet de faire fonctionner des « data ce enter » dont la consommation électrique relative augmente à mesure que l’offre de dématérialisation des contenus explose, le « rapport annuel » de Greenpeace sur le sujet n’en a pas moins explosé en vol, pour ce qui est de sa crédibilité scientifique.

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Dûment ciblée par l’opération, Apple obtient ainsi un score de 15,3 % à l’Indice d’énergie propre concocté par l’organisation (lire Greenpeace se paie encore Apple), à partir d’un sulfureux « mix énergétique » charbon-nucléaire estimé à la louche sur la seule base des infrastructures disponibles autour des sites d’implantation des fermes de calcul.

Outre les lieux d’implantation (plus ou moins proches d’un lieu de débauche), sont également pris en compte la transparence en matière d’environnement et le plaidoyer en faveur des énergies renouvelables («Pardonnez-moi Mon Père, parce que j’ai beaucoup péché) ; l’efficacité énergétique et l’atténuation des Gaz à Effet de Serre (À tout péché, sa Pénitence…). Bref, le bûcher médiatique semblait pour bientôt…

Une étude bâclée

Échaudés par les classements précédents et par le peu d’éléments livrés par Greenpeace pour étayer un classement en totale contradiction avec les éléments objectifs publiés par Apple, nous avons essayé de creuser un minimum, en commençant par le futur Data Center annoncé pour Apple dans l’Oregon et, Miracle, il ne nous a pas fallu un quart d’heure mardi soir pour trouver que le Data Center de Prineville projeté par Apple, dans un premier temps sur moins de 1 000 mètres carrés, sera alimenté par l‘énergie hydro-électrique et éolienne fournie par la Bonneville Power Administration, dont la « dorsale » de plus de 500 000 Volts qui descend de l’état de Washington vers le nord de la Californie passe par le voisinage immédiat de la petite ville.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le ban et l’arrière-ban du Cloud Computing, outre Facebook qui sera le premier voisin d’Apple (et sans doute pas par hasard), au même titre qu’un autre investisseur-mystère, viennent s’installer dans le centre de l’Oregon : Google, et Amazon ont également posé leurs valises dans le coin, attirés par les exonérations de taxes et une électricité « verte », abondante et bon marché. Dernier détail accablant, l’électricité sera fournie à partir de la station locale de Ponderosa par… La Plata Electric Association, une association éco-responsable de distribution d’électricité !

Ces informations ont été partiellement confirmées par la mise au point faite cette nuit par Apple auprès du New York Times, qui parle seulement “d’énergie 100 % renouvelable » (100% renewable energy) pour son data-center de l’Oregon et qu’Apple Europe a accepté de nous communiquer.

En ce qui concerne le “double center » de Maiden en Caroline du Nord, Greenpeace balaie d’un revers de main les arguments d’Apple, mettant en doute son communiqué et sa capacité à terme à réduire la consommation de sa ferme de calcul à 20 Mégawatts, dont la ferme de panneaux solaires qui doit l’alimenter devrait fournir 60 % de l’énergie nécessaire, appuyée sur une série de piles à combustible.

Une mise au point impitoyable

La firme à la Pomme précise pourtant que son centre de données a obtenu, seul de sa catégorie, une certification LEED de Platine du U.S. Green Building Council, ce qui ne serait guère étonnant puisque ce Data Center avait été conçu par Olivier Sanche. Le Toulousain, sans conteste l’architecte réseau le plus doué du secteur, avait été recruté par Apple en août 2009 pour concevoir «l’état de l’art» des Data Centers en Caroline du Nord, après avoir obtenu un LEED d’or pour pour le compte d’eBay. Olivier Sanche est malheureusement décédé prématurément en novembre 2010 et, en mars dernier, Apple a publié une offre d’emploi pour recruter son successeur…

Apple précise enfin que le « mix » énergétique du comté de Duke comporte 45 % de charbon et non pas 60 % comme l’avance GreenPeace. Il n’empêche : la balle de la crédibilité est depuis longtemps dans le camp de l’organisation environnementaliste basée aux Pays-Bas, nous l’avons évoqué ici à de nombreuses reprises.

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Contactée, Greenpeace se défend de tout «ciblage» prémédité d’Apple, professant même une certaine inclination pour les produits de la marque utilisés par certains de ses membres, notamment séduits par ses innovations et son efficacité énergétique. Voire. Le visuel de la pétition est pourtant explicite, avec en premier plan le cloud d’Apple chargé de « poussier » de charbon comme un nuage de smog londonien digne de l’Ere Victorienne…

Greenpeace sur la défensive

Greenpeace s’est-elle prise à son propre piège en tendant des verges pour se faire fouetter, victime de la faiblesse de sa méthodologie ? On ne peut pas l’exclure.

Interrogée sur ladite méthodologie, Greenpeace France nous a fait savoir que leurs collègues américains s’étaient basés “sur les estimations de consommation électrique des data centers et sur la composition des mix énergétiques dans les différents pays (par du charbon, du nucléaire, etc.)”, ainsi que dans les différentes régions concernées. C’est la raison pour laquelle le fait de s’installer en Suède pour Facebook est sur-valorisé par rapport au Comté de Crook, dans l’Oregon, et nous avons vu à quel point c’était faux…

Toutes les données concernant ces entreprises ne sont pas disponibles, a poursuivi notre interlocuteur, “et Greenpeace ne demande qu’à affiner son classement grâce aux informations nouvelles que pourraient fournir ces entreprises…

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Apple n’y a pas manqué, comme on le voit, et pour la plus grande confusion de sa vieille connaissance. Ce n’est en effet pas la première fois que Greenpeace titille Apple sur sa responsabilité environnementale et, si le rapport actuel qui porte sur les Data Center est publié sur une base annuelle, le «Guide Greenpeace pour une électronique plus verte» qui a porté à partir d’août 2006 sur les produits grand public s’est fait un plaisir de communiquer en exhibant le «mauvais» carnet de notes d’Apple pendant une bonne vingtaine de trimestres, changeant volontiers de critères à chaque fois que la Pomme remontait au classement.

Le jeu a finalement cessé, à présent que les produits embossés de la Pomme collectionnent les labels d’excellence distribués par ses pairs sur des critères lisibles, cette fois.

Une idée derrière la tête

Incompétence, paresse, malveillance de la part de Greenpeace US qui a préparé le «rapport» ? Chez Greenpeace France, on semblait tout de même dans ses petits souliers…

Il n’est pas exclu que Phil Schiller et sa bande aient pris Greenpeace cette fois au jeu de son laisser-aller méthodologique. Comme à chaque fois, Apple a en effet été contactée par les auteurs voici environ un mois, afin qu’elle leur communique les données qui la concernent…

Est-ce par malice, ou bien par habitude du secret à propos d’une donnée somme toute sensible sur ses prix de revient ? Toujours est-il qu’Apple a attendu – et pour une fois pas très longtemps puisque la riposte a été immédiate – que l’organisation environnementaliste sorte du bois pour communiquer sur des informations, nous l’avons vu accessibles à qui veut s’en donner sérieusement la peine, celles concernant le Data Center en Caroline du Nord étant même disponibles sur les pages de responsabilité environnementale d’Apple !

En aparté, différentes voix chez Greenpeace ont été obligées d’en convenir : en publiant ce type de communiqués et de rapports, il s’agit bien entendu d’interpeller les constructeurs sur leur responsabilité individuelle, mais également de peser sur le débat public et les cadres législatifs, réglementaires ou contractuels.

C’était le cas des derniers arbitrages de la directive REACH à Bruxelles et à Strasbourg sur l’interdiction des produits chimiques dangereux dans l’industrie, au moment du lancement du “Guide to Greener Electronics”, qui avait pris Apple comme une caisse de résonance commode pour porter le débat devant l’opinion. Alors que les accords « Climat-Environnement » n’en finissent pas de s’enliser dans de dangereux sables mouvants, il y a fort à parier que Greenpeace ait renouvelé son manège.

Une méthode suicidaire

Quel mal y aurait-il à cela ?”, a-t-on fini par nous répondre chez Greenpeace, à court d’arguments. Aucun, à partir du moment où les munitions employées dans le débat sont irréprochables. Dans le cas contraire, elles vous explosent à la figure. Entortiller des journalistes pressés, ou peu regardants avec de jolies infographies et des couleurs chatoyantes est une chose, s’adresser au public comme à des gens intelligents, capables de comprendre, en est une autre. Or, à utiliser des arguments tronqués ou des données fausses avec des méthodes dignes d’un lobbyiste de Washington, Greenpeace n’en finit pas de se discréditer, et avec elle, l’ensemble des causes qu’elle prétend défendre :

– d’une part auprès de la communauté des utilisateurs d’Apple qui ne cesse de s’agrandir, et en particulier chez des étudiants et des chercheurs qui savent parfaitement détecter quand un rapport ou un plan d’expérience est «moisi» ;

– d’autre part auprès de ses autres adversaires, beaucoup plus coriaces et moins coopératifs, que sont les industriels du pétrole, de l’atome ou de l’agro-chimie, et qui n’hésiteront pas à utiliser des arguments dignes de l’industrie cigarettière pour discréditer ses arguments, fussent-ils en béton… et jusqu’à la pertinence même des causes qu’elle défend.

Encore un rapport «torché» vite fait, ou plutôt ni fait ni à faire ?

On s’en fout, de toute façon on va tous mourir, alors…” (Bridget Kyoto)

Le “rapport” de Greenpeace

Le démenti sur le site du NYT

La réaction de Greenpeace

[Le Data Center de Maiden sur le site d’Apple->http://www.apple.com/environment/progress/#)

Associated Press, à propos des Data Center en Central Oregon

Apple à Prinevelle

La Plata Electric Association

Le réseau du BPA sur le site de l’agence gouvernementale