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GAFA(M), un bien commode croque-mitaine

La référence constante aux « géants du numérique » pour expliquer les difficultés du vieux continent deviennent de moins en moins crédible comme le montre l’échec de l’application StopCovid

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Fresque Halloween
© pexels-markus-spiske

Apple a publié voici deux jours la version 13.7  d’iOS qui permet notamment d’activer directement, sans avoir à télécharger d’application, le système de notification d’exposition à la COVID-19. Il s’agit de permettre aux autorités sanitaires des pays qui n’ont pas les ressources spécifiques de pouvoir mettre en place un système d’alerte, sans avoir à développer des applications dédiées. Bien entendu, encore faut-il que lesdites autorités aient fait le choix d’utiliser les API mises à disposition par Apple et Google, ce qui n’a pas été le cas de la France qui, comme la Hongrie, a opté de son côté pour une application centralisant les données recueillies.

Un échec patent

Au prétexte de préserver tout à la fois l’indépendance numérique nationale et de la protection des données personnelles des citoyens, le système a accouché d’une souris baptisée StopCovid, les différents acteurs publics et privés du numérique hexagonal jouant des coudes pour faire des offres de services. Avec pour résultat d’éjecter dans la bousculade le secrétariat d’État au numérique qui aurait dû être l’architecte du projet, et au final une adaptation centralisée, à la protection des données controversée. Et ce, au pire moment de défiance à l’égard des institutions et de l’État en général, et des autorités sanitaires en particulier, pour le seul bénéfice des baronnies industrielles et académiques qui auront su avoir l’oreille du ministre. 

Bien entendu, StopCovid n’est pas compatible avec les applications des autres pays européens, qui eux ont fait le choix de s’appuyer sur une architecture décentralisée, quitte à utiliser les outils mis à disposition par Apple et Google. Ce qui ne signifie pas que des acteurs locaux, européens, ne puissent pas avoir leur mot à dire : la Commission a en effet choisi deux acteurs allemands, T-Systems et SAP, pour concevoir et déployer une architecture-passerelle pour permettre l’échange transfrontalier des informations de contamination. Il est vrai que l’Allemagne, après avoir un temps envisagé de développer conjointement sa propre application avec la France et d’autres pays européens sur une base centralisée, a finalement fait le choix d’une architecture d’alerte décentralisée, de pair à pair. L’application allemande a été téléchargée plus de 16 millions de fois, tandis que le français StopCovid a été installé 2,5 millions de fois… pour 500 000 suppressions.

Un jeu à somme nulle

Dans un autre registre, hier soir également la firme à la Pomme a communiqué aux développeurs de l’App Store une augmentation des prix pratiqués sur son échoppe en ligne dans différents pays, en adaptation à l’augmentation de la TVA annoncée dans plusieurs pays :

  • Chili : nouvelle taxe de 19 %
  • Mexique : nouvelle taxe de 16 %
  • Arabie Saoudite : augmentation de la taxe de 5 à 15 %
  • Turquie : nouvelle taxe sur les services de 7,5 %, en sus de la TVA actuelle de 18 %.

Mais au passage, Apple en a profité pour annoncer une évolution de sa politique tarifaire à venir dans les pays européens, soufflant le chaud et le froid :

  • Allemagne : baisse de la TVA de 19 % à 16 %
  • France : nouvelle taxe sur les services numériques de 3 %, en plus de la TVA à 20 %
  • Italie : nouvelle taxe sur les services numériques de 3 %, en plus de la TVA à 22 %
  • Royaume-Uni : nouvelle taxe sur les services numériques de 2 % en plus de la TVA à 20 %

Les services de Luca Maestri, le grand argentier de Cupertino, ne sont pas les premiers à répercuter sur leurs clients ou leurs fournisseurs une augmentation de la fiscalité qui leur est appliquée par les États. Il n’est point besoin d’appartenir au club fermé des GAFA(M) : Amazon, mais également eBay ou PayPal ne s’en sont pas privés de façon préventive, Amazon répercutant tout simplement la hausse sur la rémunération des vendeurs de sa place de marché. Il sera intéressant de voir si Apple procède de même avec ses développeurs.

Sortir de l’hypocrisie

Il n’empêche : il ne sert à rien de crier au loup, ou plutôt aux GAFA(M), pour jouer à se faire peur ou plutôt faire semblant, histoire de continuer les enjeux de pouvoir enfermés chacun dans sa cabane. Ce sont bien les traités européens qui permettent aux « géants du numérique » de jouer sur les égoïsmes nationaux, dans une course aux exonérations fiscales. À ce petit jeu, l’Irlande, les Pays-Bas et le Luxembourg sont régulièrement sur les premières marches du podium…

Les gouvernements savent pourtant faire appel aux multinationales du numérique quand cela leur chante, pas toujours à très bon escient, d’ailleurs. L’État français a ainsi conclu des partenariats controversés avec Microsoft (oui, le M de GAFA(M) c’est bien Microsoft), pour son ministère de l’éducation, de la défense et même de la santé, pour l’hébergement des données médicales de ses citoyens. Au détriment d’un acteur français aussi solide qu’OVH.

Les données médicales des Français seront-elles plus à l’abri centralisées sur les serveurs de Microsoft plutôt qu’à l’intérieur de leur propre téléphone ? On ne le saura sans doute jamais. Des solutions néanmoins existent sur le plan industriel pour affronter de manière adulte les croque-mitaines. C’est ce qu’a prouvé le français UNOWHY, avec le succès de sa tablette SQOOL qui réussit à faire pièce à Apple sur le marché éducatif français. Celle-ci a même réussi à remplacer l’iPad dans le déploiement pilote de la Corrèze. Preuve qu’avec une vision industrielle (il manque certes l’OS, puisqu’il s’agit de Windows ou d’Android) et une volonté politique (l’État abonde à hauteur de 50 %), il y a davantage que des marges de manœuvre. Le volet fiscal relève lui définitivement de l’échelon européen, et de l’unanimité des états membres. Autant dire que la chronique des GAFA(M) n’est pas prête de se refermer de sitôt…

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